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Renouveau chez les stock pickers

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Fin 2016, le fonds d'actions américaines Aston/River Road Independent Value (410 M$ US d'actif sous gestion) fermait ses portes. «Je me suis congédié moi-même», affirme alors son gestionnaire de portefeuille Eric Cinnamond en mettant en cause les stratégies indicielles. Selon lui, ces dernières utilisent insuffisamment les prix et les fondamentaux des titres individuels comme critères d'achat, ce qui entraîne la rareté des bonnes occasions d'investissement.

Une récente recherche de la banque Credit Suisse désigne un autre obstacle à l'expression des talents des sélectionneurs de titres (stock pickers) : le rétrécissement de la patinoire. Ironiquement intitulée «The Incredible Shrinking Universe of Stocks», la recherche révèle que le nombre de sociétés publiques américaines a fondu de moitié de 1996 à 2016.

Les joueurs étoiles à la Peter Lynch et à la Warren Buffett seraient-ils donc voués à disparaître ?

Peut-être pas si leur temps de jeu augmente. Ainsi, selon une étude de DataTrek Research, une lettre d'information boursière établie à New York, ce temps de jeu augmentera grâce à la récente hausse de la «dispersion» parmi les actions américaines.

Rappelons que la dispersion mesure la différence moyenne entre les rendements d'un indice et ceux des éléments qui le composent. Par exemple, lorsque les titres d'un indice bougent dans des directions différentes, la dispersion augmente et, grâce à cela, les sélectionneurs de titres sont davantage en mesure de s'illustrer.

Une élection décisive

«Selon nos données, la dispersion des titres du S&P 500 et du Dow Jones Industrial Average se situe à son point le plus élevé depuis la crise de 2008. Cette hausse est arrivée tout juste après les élections présidentielles de 2016. Ça s'est fait presque aussi rapidement que la mise en marche d'un commutateur électrique !» signale Nicholas Colas, cofondateur de DataTrek Research.

Selon cet analyste boursier, «les marchés se sont activés après la défaite de l'administration précédente, qui était perçue comme étant trop focalisée sur la réglementation. À la suite des élections présidentielles, les investisseurs ont commencé à mettre l'accent sur le choix des gagnants et des perdants d'après leurs fondamentaux.»

Toutefois, ajoute Nicholas Colas, nous ne serions qu'au début d'un mouvement de retour en grâce des sélectionneurs de titres.

«Ce mouvement s'accentuera au fur et à mesure que les gestionnaires de portefeuille bénéficieront de la dispersion et qu'ils surpasseront leurs indices compte tenu des frais», estime Nicholas Colas.

L'épreuve du temps

Vincent Fournier est CFA et gestionnaire de portefeuille à la Corporation gestion de placements Claret, à Montréal. Selon lui, la clé du succès de toute stratégie active réside dans la durée.

«L'avenir des sélectionneurs de titres est aussi brillant que par le passé, mais il faut au moins cinq ans avant de valider ses choix d'investissements, pour les sélectionneurs de titres comme pour les autres gestionnaires de portefeuille partisans de la gestion active», dit-il.

Vincent Fournier explique que les dernières années ont été difficiles pour les gestionnaires de portefeuille de gestion active en raison de la nervosité des investisseurs, nombreux à avoir eu la gâchette facile.

«Par exemple, des actuaires conseillers de caisses de retraite ont instauré des mécanismes d'évaluation des gestionnaires de portefeuille basés sur les rendements mensuels. C'est intenable ! Par contre, les comités de retraite comprennent de plus en plus que les gestionnaires de portefeuille doivent être évalués sur des périodes d'au moins cinq ans», dit-il.

Dans cet esprit, la dispersion croissante parmi les actions américaines n'est pas à dédaigner, mais elle n'est pas décisive en ce qui concerne l'avenir des sélectionneurs de titres.

Tel est le point de vue de Jeffrey Ptak, responsable de la recherche mondiale de Morningstar (États-Unis).

S'il est vrai qu'une dispersion accrue facilite la vie aux sélectionneurs de titres, «cela nous empêche de voir que le problème principal est de nature structurelle».

Ainsi, les probabilités de réussite des sélectionneurs de titres ont diminué au cours des dernières années à cause des technologies et de la diffusion de l'information.

«Les investisseurs moins habiles, moins avertis ou moins expérimentés se sont déplacés en masse vers les solutions passives. En conséquence, les sélectionneurs de titres ne peuvent plus exploiter les déficiences de ces investisseurs», indique Jeffrey Ptak.

Selon lui, «les marchés ne pourraient pas fonctionner sans la gestion active et les sélectionneurs de titres. Pour ceux-ci, le succès en Bourse est structurellement devenu plus difficile à atteindre, mais il reste atteignable», affirme Jeffrey Ptak.

Président du cabinet montréalais Gestion de patrimoine ASF, le conseiller Michel-Olivier Marcoux ne cache pas ses préférences pour la gestion active et les bons sélectionneurs de titres.

«L'époque veut que les sélectionneurs de titres travaillent dorénavant en équipe et qu'ils discutent de leurs idées entre eux. Les solitaires sont plutôt rares», convient-il.

Il ne présente pas, à ses clients, la gestion active et la sélection de titres comme étant plus risquées que les stratégies passives.

«Par exemple, si la Bourse va moins bien, la gestion active peut réagir plus rapidement que les stratégies passives. Aussi, les bons gestionnaires de portefeuille évitent d'investir dans des sociétés trop chères, comme le font certains fonds indiciels. Et les calculs d'ordinateurs qui sous-tendent des stratégies passives sont loin d'être parfaits ! Des sélectionneurs de titres en profitent pour amasser les valeurs qui n'ont pas traversé leurs calculs et leurs grilles d'analyse», dit Michel-Olivier Marcoux.